Animation d’une conférence à la cour administrative de Paris dans le cadre des Mardis de l’Hôtel de Beauvais le 7 juillet 2026 avec l’intervention du Professeur Marie Rose Moro, Pédopsychiatre, Professeure de l’Université Paris Cité, Cheffe de service de la Maison de Solenn, Maison des adolescents de l’Hôpital Cochin (AP-HP), Membre de l’Institut Universitaire de France sur le thème « la santé mentale des jeunes en France : un défi collectif ».
Introduction de Didier Le Prado lors du mardi de l’Hôtel de Beauvais du 7 juillet 2026 sur le thème de « la santé mentale des jeunes : un défi collectif »
Sommaire de l’intervention
- Introduction : Qu’est-ce que la santé mentale ?
- I – Un constat d’abord
- II – Les avancées et les perspectives ?
- III – Notre oratrice, Marie-Rose Moro
Introduction : Qu’est-ce que la santé mentale ?
PARLONS SANTE MENTALE ! : C’est la volonté du gouvernement qui a institué en 2005 la santé mentale comme grande cause nationale.
Grande cause qui a été reconduite en 2026.
Et il est vrai que les voyants sont en rouge en matière de santé mentale malgré la mobilisation de nombreux professionnels, d’associations et d’acteurs de terrain.
Le Conseil économique social et environnemental avait tiré la sonnette d’alarme aussi affirmé dans un avis d’octobre 2025 affirmant que « la santé mentale et le bien-être des enfants et des jeunes est un enjeu de société ».
C’est ce qui a conduit la cour administrative d’appel de Paris à vous proposer ce soir un mardi de l’hôtel de Beauvais consacré à la santé mentale des jeunes en France.
Qu’est-ce que la santé mentale ?
L’OMS, dans un rapport de 2022, la définissait comme « un état de bien-être qui permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés normales de la vie, de travailler avec succès et de manière productive et d’être en mesure d’apporter une contribution à la communauté ».
La définition est large.
Et le défi est collectif et doit mobiliser tous les secteurs de la société, tous les acteurs.
Avant de vous présenter Marie-Rose Moro, qui nous fait le plaisir d’être là ce soir, je vous livrerai d’abord quelques chiffres malheureusement inquiétants sur la santé mentale des jeunes.
Puis, j’évoquerai les avancées qui demeurent timides et les perspectives.
I – Un constat d’abord
Les rapports publiés sur la santé mentale des jeunes sont malheureusement unanimes : elle n’est pas bonne.
Qu’il s’agisse du rapport du Conseil économique et social que j’ai évoqué à l’instant.
L’avis du Comité consultatif national d’éthique, dont nous avons reçu récemment le président aux mardis de l’hôtel de Beauvais, qui en janvier 2025 alertait sur les enjeux éthiques relatifs à la crise de la psychiatrie.
L’avis de la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté d’octobre 2025.
L’avis du Conseil de l’enfance et de l’adolescence de janvier 2025.
Les troubles apparaissent de plus en plus tôt et ils vont crescendo jusqu’à l’adolescence et au début de la vie adulte, avec une augmentation du taux de dépression, d’idées et d’actes suicidaires.
Quelques chiffres.
- 15 % des collégiens et 20 % des lycéens déclarent ressentir un sentiment de solitude.
- Parmi les lycéens, 20 % déclarent avoir eu des pensées suicidaires au cours des 12 derniers mois et 15 % indiquent avoir fait déjà une tentative de suicide au cours de leur vie.
- En 2023, plus de 900 000 jeunes de 12 à 25 ans avaient bénéficié d’au moins un remboursement de psychotropes, d’après l’assurance maladie.
- Dans le même temps, on constate des délais d’attente pour consulter un pédopsychiatre, un psychiatre ou un psychologue de plus en plus long : parfois 2 ans.
- Un manque d’infirmiers et de médecins scolaires dans les écoles et les lycées.
- Des déserts médicaux en santé mentale, avec des inégalités territoriales qui se creusent.
- Plus généralement, et malgré la volonté affichée par les pouvoirs publics, un manque de moyens financiers et humains.
Face à ce constat, quelles seraient les causes d’une telle dégradation ?
Le COVID a été sans doute un révélateur, voire un accélérateur.
Mais les causes sont certainement plus profondes.
La jeunesse évolue aujourd’hui dans un environnement marqué par de profondes transformations : les réseaux sociaux, l’intelligence artificielle, les injonctions de performance et d’image.
Et les jeunes grandissent dans un contexte d’incertitude de plus en plus forte : inquiétude climatique, tensions géopolitiques, difficultés économiques, précarité étudiante pour certains.
II – Les avancées et les perspectives ?
Les différents rapports que j’ai cités comportent bien sûr un certain nombre de propositions.
J’en citerai quelques-unes émanant du rapport du Conseil économique et social d’octobre 2025 qui a adopté une démarche intéressante en associant à son avis une vingtaine de jeunes de 12 ans à 18 ans.
21 préconisations, parmi lesquelles une meilleure participation des jeunes dans les institutions qu’ils fréquentent, une limitation de l’accès aux réseaux sociaux, un renforcement de la responsabilité des plateformes en ligne et des hébergeurs, une réforme des rythmes scolaires, un recrutement massif de pédopsychiatres et bien d’autres choses encore.
Ces propositions montrent à quel point la santé mentale des jeunes n’est pas seulement une affaire de spécialistes mais est bien l’affaire de tous : un défi collectif.
Les pouvoirs publics ont organisé le 2 juin dernier un événement au ministère de la santé intitulé « santé mentale, grande cause nationale ».
Le gouvernement a annoncé que l’année 2026 serait celle du changement d’échelle.
Avec un renforcement du rôle des médecins, des infirmiers, des psychologues au service des jeunes en souffrance psychique, la mise en place d’un service d’accès aux soins et aux filières psychiatriques d’urgence.
Il faut et c’est important, que tout ceci ne reste pas des vœux pieux.
III – Marie-Rose Moro
J’en viens à notre oratrice, Marie-Rose Moro, que je remercie d’avoir accepté de nous faire partager sa riche expérience et son engagement.
Pédopsychiatre, psychanalyste et professeur des universités, Marie-Rose Moro est actuellement chef de service de la Maison de Solenn.
Il s’agit de la Maison des adolescents de l’hôpital Cochin, institution formidable qui suit, je crois, 6 500 enfants et adolescents.
Vous avez longtemps exercé à l’hôpital Avicenne de Bobigny, aux côtés du professeur Lebovici et aux côtés de Tobie Nathan, l’un des principaux représentants de l’ethnopsychiatrie.
Vous êtes directrice de la revue transculturelle francophone qui s’appelle « L’autre » qui permet une rencontre, une interaction entre les cultures et les sociétés, entre les sciences de la clinique et les sciences humaines.
Vous êtes également très investie dans les consultations pour les enfants de migrants.
Vous avez été consultante de Médecins sans frontières pendant 30 ans, chargée des programmes de santé mentale des jeunes et confrontée à des situations extrêmes.
Cet engagement humanitaire auprès de Médecins sans frontières vous a amenée à voyager beaucoup à travers le monde.
Je crois que votre premier voyage a été à destination de l’Arménie lors du terrible tremblement de terre de 1988.
Et il y a eu de très nombreux autres voyages et engagements depuis lors.
Vous partagez, vous transmettez vos expériences et votre expertise en enseignant et en écrivant également beaucoup.
Je ne citerai que deux de vos ouvrages :
« Pour le bien-être et la santé des jeunes » que vous avez écrit à la suite d’un rapport que vous aviez remis à l’ancien président de la République François Hollande.
Et un second ouvrage « Bye bye angoisse », écrit pour les adolescents et qui leur offre des clés précieuses et concrètes pour répondre à leurs interrogations et leur mal-être.
Vous ne m’avez pas demandé d’en faire la promotion mais je ne peux pas résister à vous en montrer un exemplaire, si certains parmi vous sont confrontés à des interrogations et des angoisses d’adolescents.
Votre vie a donc été dédiée au soin et à l’accompagnement des jeunes et à l’écoute des plus vulnérables, français et migrants.
Cet engagement remarquable s’explique peut-être par votre propre histoire.
Vous êtes originaire de Castille, région à laquelle vous-même et votre époux êtes restés attachés.
Vos parents ont fui le franquisme et vous êtes arrivés dans un petit village des Ardennes.
C’est je pense toutes les rencontres que vous avez faites depuis lors qui ont été à l’origine de vos engagements : vos instituteurs en France, les enfants rencontrés à l’école, également venus d’ailleurs.
Mais aussi, je crois, votre grand-mère maternelle qui s’appelait Carlotta et qui vous a dit un jour « toi, tu vas réanimer les pépites à l’intérieur des personnes ».
Je vous passe la parole avec grand plaisir après cette présentation trop longue pour nous faire partager ces pépites.